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Divan psy du vendredi 06/11/09 : focus sur l’observation !

L’observation : définition, difficultés, démarches, types et outils.
(Dans cet article, je ne rentrerai pas dans le débat qui a toujours existé entre l’approche clinique et l’approche expérimentale de la pratique de l’observation).
  • Définition

Elle constitue une approche directe des faits, soit :

  • pour préparer une action,
  • pour construire du savoir (dans un va et vient entre théorie et pratique),
  • pour vérifier des faits.

La comparaison des données recueillies par entretien et par observation permet de mesurer l’écart entre attitude et comportement.

Bunge

Opération sélective et interprétative dans laquelle les idées ont au moins autant de poids que les impressions sensorielles.

Perception préméditée et éclairée. Préméditée (ou délibérée) car elle se pratique dans un but bien défini ; éclairée car elle guidée d’une façon ou d’une autre par un corps de connaissance.

  • Difficultés de l’observation et biais

A- Influence de l’observation sur le contexte

Le simple fait d’observer modifie les comportements observables. En effet, l’observation déclenche des mécanismes de défense interactionnels (visant à ‘préserver la face’) du type :

  1. fuite, minimisation, conformisme accru.
  2. La gêne occasionnée par le regard de l’autre génère de l’anxiété ou une réaction de prestance (causée par la peur d’être mal jugé(e)).
  3. Selon Campbel, toute observation est réactive au sens où elle entraîne des modifications de ce qu’elle observe. En effet, les lois établies sont dépendantes des conditions de leur établissement.

B- Influence de l’observateur

  • Le problème de la perception : observer correspond à percevoir de manière sélective en opérant un encodage (attribution de signification). Dans l’activité de perception interviennent la mémoire, l’habitude et l’imaginaire.
  • La sélectivité : sont observables les paramètres d’une situation qui peuvent être encodés par l’observateur. Seront observés les observables retenus par l’observateur à partir de son comportement sélectif sur un ensemble d’observations possibles. De même, l’attention de l’observateur est sélective : plus l’attention est orientée, plus l’observation est sélective.
  • La déformation de la perception :
  1. décentration : un aspect est surestimé,
  2. contraste : certaines différences minimes sont surévaluées,
  3. Assimilation : des différences ne sont pas remarquées,
  4. Effet de halo : des observations sont contaminées par des précédentes.
  • Une démarches d’observation en 6 étapes
    1. L’observateur élabore un projet d’étude.
    2. Le formatage du contexte : le contexte dans lequel se déroulera l’observation est délimité (contexte habituel, aménagé, transformé).
    3. L’observateur précise le dispositif et les conditions du déroulement de l’action d’observation.
    4. Le déroulement de l’observation.
    5. La rédaction du compte-rendu.
    6. La restitution des résultats aux personnes impliquées.
  • Types d’observation
Il existe 2 grands types de démarches :
  • celle visant à rendre l’observateur le plus présent possible (observateur accepté),
  • celle qui au contraire vise à le rendre le plus inexistant possible (observateur caché, invisible ou bien oublié)

Les 6 types d’observation et leurs contraires

  1. l’observation globale par opposition à l’observation focalisée.
    La première est utilisée pour des observations longues lorsque la connaissance du milieu est faible et que l’on ne dispose pas d’hypothèses précises. La seconde consiste en la focalisation de l’observateur sur un aspect seulement d’une situation, dans le cadre d’une bonne connaissance du milieu et des hypothèses.

  2. L’observation narrative par opposition à l’observation attributive
    La première vise le récit de ce qui a été observé au moyen du journal de bord. Elle est la première étape d’une recherche. La seconde consiste en le repérage de la présence ou de l’absence de comportements. Elle vise l’explication et nécessite un travail conceptuel précis sur les indices comportementaux.

  3. L’observation à faible inférences par oppositin à celle à fortes inférences
    A visée descriptive et de diagnostic, la première consiste en une centration de ce qui est directement observable. La seconde a une visée prédictive ou évaluative, implique une interprétation. Elle consiste à vérifier que l’action observée est adaptée au problème et a donc atteint son but.

  4. L’observation d’une situation naturelle par opposition à celle d’une situation créée ou artificielle
    La première répond à un objectif descriptif et vise à prendre en compte la complexité de la situation et des réactions in vivo.  La seconde se déroule dans un milieu naturel aménagé ou en artificiel (laboratoire). Elle consiste à rechercher des conditions propices à l’observation (provoquée), à rendre plus facilement observable une tâche et/ou à adopter un rôle particulier lors de l’observation.

  5. L’observation participante par opposition à celle qui ne l’est pas
    Pour ce qui concerne la première, plus l’observation est longue, plus les observés oublient qu’ils sont observés. De même, plus la tâche est impliquante pour le sujet observé, plus son degré de réactivité à la présence de l’observateur diminue. Les inconvénients de la seconde ont trait à la difficulté de dépasser la simple description de comportements ainsi qu’à la difficulté d’atteindre les significations que les observés accordent à leurs comportements.
  6. L’observation transversale/explicative par opposition à celle longétudinale/fonctionnelle
    La première a une visée de recherche de causalité en répondant à la question ‘pourquoi ?’. On explique un phénomène par l’impact d’une variable observée dans différents contextes où les autres variables sont maîtrisées. La seconde vise à répondre à la question ‘comment ?’. Il s’agit d’étudier les effets d’un phénomène
    dans un contexte particulier.
  • Outils de l’observation
  1. Le journal de bord comme instrument de travail
    Avantages : utile pour prendre en compte les modifications du contexte sous l’effet des facteurs externes. Également utile pour les observations participantes si le vécu et les données subjectives de l’observateur sont importantes pour l’analyse des données recueillies.
    Inconvénient : instrument ‘coûteux’.
  2. La monographie
    Relevé de faits selon une classification préétablie à l’avance.
  3. Les autres outils tels que les grilles et échelles (échelle graduée/bipolarisée, grille d’observation)
    Avantages : observation armée d’outils préalablement conçus. Permettent le zonage, comptage et la spatialisation des observés.
    Inconvénients : apparition de l’effet de halo. Nécessite de vérifier que les observateurs utilisent l’échelle ou la grille tous de manière identique et aussi que les catégories choisies et utilisées sont exclusives et homogènes.
Je remercie Dominique Oberlé dont les sujets de cours et le mode d’enseignement  m’ont passionnée au cours de mes études.
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Exemples de contributions déjà apportées dans cette rubrique :

Le divan psy du vendredi 30/10/09 : Nadine Gennari a la parole
Le divan psy du vendredi 16/10/09 : Hélène Lampin a la parole

Le divan psy du vendredi 09/10/09 : Carole Blancot a la parole

Le divan psy du vendredi 09/10/09 : Philippe Sorstein a la parole

© Carole BLANCOT  – caroleblancot@yahoo.fr – 06.50.26.65.17
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2 réflexions au sujet de « Divan psy du vendredi 06/11/09 : focus sur l’observation ! »

  1. Eric,
    C'est toujours en grand plaisir de te lire et de débattre avec toi des interactions humaines. Oui, il me semble que tu as été clair.

    Je retiens de nos échanges les points suivants :
    1- bien que l'observation implique de fait une activité interprétative de l'observateur (dans le sens de l'encodage et de l'attribution de signification), tu soulignes les effets néfastes dans la communication de l'observation nommée "à fortes inférences" lorsque celle-ci est utilisée dans les situations quotidiennes et lorsque la finalité de l'observation se confond finalement à la pratique de l'évaluation.

    2- il est donc nécessaire de ne pas utiliser l'observation dans un objectif d'évaluation puisqu'en effet, d'une part l'observation comporte ses propres biais et que d'autre part, l'observation peut n'être que la première étape d'un processus d'évaluation expérimental d'une situation ou d'un comportement.

    3- Enfin, tu rappelles que la caméra diminue l'apparition de certains biais de et contribue ainsi à rendre plus pertinente l'observation.

  2. Bonjour,

    Je colle ci-dessous l'article que j'avais rédigé sur l'obervation par le biais de la Communication NonViolente avec comme pensée :"bien séprarer l'observation de l'évaluation".

    La première composante de la CNV consiste à bien séparer l'observation de l'évaluation. Quand nous mélangeons observation et évaluation, notre interlocuteur risque d'entendre une critique et de résister à ce que nous disons. La CNV est un langage dynamique qui déconseille les généralisations figées et les remplace par des observations circonstanciées. Nous dirons ainsi plus volontiers : "en vingt matchs, je n'ai pas vu Jacques marquer un seul but" que "Jacques est un mauvais footballeur"

    Petit exemple : "Hier, jean était en colère contre moi sans aucune raison". Dans cette phrase "sans aucune raison" est une évaluation. En outre, "Jean était en colère" contient aussi une évaluation. Peut être se sentait-il plutôt blessé, triste, effrayé ou autre chose. Pour faire une observation exempte de toute évaluation on aurait pu dire : "Jean m'a dit qu'il était en colère" ou "Jean a tapé du poing sur la table".

    Dans une démarche d'obervation, comme tu l'expliques Carole, l'influence de notre comportement joue un rôle important sur les observés. Petit exemple : dans une salle d'attente de médecin on est souvent un peu relaxe sur la chaise quand il n'y a personne hors dès qu'une personne entre dans la salle systèmatiquement la personne se redresse (rituel, respect, norme…). Donc comment limiter un maximum notre influence dans l'obervation d'une action, d'un fait ou d'un discours ? Je pense que pour que l'obervation soit la plus neutre possible c'est à dire dans une réalité concrète il est important de bien séparer ce qui est observable de ce qui est le jugement ou l'évaluation. Pour visualiser la chose nous pourrions nous placer comme une caméra qui enregistrerait une situation avec le son (la caméra étant un objet d'épouvu d'influence cognitive)… C'est à dire utiliser un maximum l'empathie pour être avec l'autre et avec moi sans juger ou évaluer. Plus facile à dire qu'à faire vous me direz. Certes, en même temps c'est en pratiquant que l'on réussi à modifier son comportement, son attitude ou ses stéréotypes.

    L'observation mécanique a eu ces heures de gloire à l'époque du Taylorisme et du Fordisme (dans un but de coût et de parcellisation des taches). Aujourd'hui encore la rationnalisation des coûts dans une entreprise ne permet pas d'avoir une obervation neutre car l'influence de l'actionnariat est présent (comme une épée de damoclèsse pour certaines entreprises)…

    Alors pensez à la caméra pour éviter d'être trop influencé par l'environnement quand vous êtes dans une démarche d'obervation.

    Et juste pour prouver le contraire… Après avoir fait un enregistrement avec ma caméra, je peux influencer le support de diffusion (couleur, son, séquence) pour correspondre à la demande faite par le prescripteur lol !!!!

    Chaleureusement (j'espère de tout coeur avoir été clair)

    Eric HERISSON

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